Les relations nom / verbe (dans l’expression de l’existence et du mouvement)

Cette opération est consacrée aux relations entre noms et verbes, appréhendées d’un double point de vue complémentaire : d’une part les relations (syntagmatiques) de compatibilité entre noms et verbes (dans un champ donné : l’expression de l’existence), d’autre part les relations (paradigmatiques) de dérivation d’un nom à partir d’un verbe (dans un champ donné : l’expression du mouvement).

Le travail se fait à partir de l’analyse de corpus textuels, afin de faire émerger les possibilités offertes par le lexique et la morpho-syntaxe du français, ainsi que les combinaisons préférentielles. Un éclairage contrastif (français / anglais) complètera ce travail.

Du côté des relations syntagmatiques, il s’agit d’étudier les compatibilités syntaxiques et sémantiques entre les verbes renvoyant à l’existence ((y) avoir, se trouver, se produire, avoir lieu, …) ou à ses phases (émerger, se faire jour, se dessiner, … ; se poursuivre, se prolonger, se conserver, se maintenir, … ; se terminer, prendre fin, disparaître, …) et les noms simples ou dérivés désignant les phénomènes (objets, évènements, propriétés) dont on prédique l’existence. On s’attache tout particulièrement à décrire (dans la perspective théorique de la construction dynamique du sens), le filtrage mutuel entre noms et verbes, qui permet de mettre en évidence les relations de quasi-synonymie ou de non-synonymie entre certains verbes d’existence en contexte (ex : La langue basque s’est maintenue / s’est conservée dans cette région ; L’état de santé du patient se maintient / * se conserve), ainsi que la polysémie de certains noms (ex : L’anomalie a eu lieu lors de la première division de méiose = action / Cette anomalie s’observe très fréquemment chez les chats de race bobtail japonais = objet).

Du côté des relations paradigmatiques, il s’agit d’étudier les nominalisations des verbes de mouvement transitifs (atteindre, quitter, traverser) et intransitifs (arriver, partir, se promener). D’un point de vue morpho-syntaxique, on étudie la relation entre les propriétés spatiales du verbe, sa structure argumentale, sa propension à accepter la nominalisation (arriver> arrivée, arrivage mais quitter > *quittée, *quittage), et la ou les interprétation(s) qui en résulte(nt) (arrivée / arrivage ; montée / montage). On étudie la conservation de la structure argumentale dans la nominalisation (Jean arrive à Paris > l’arrivée de Jean à Paris ; Jean atteint le sommet > l’atteinte du sommet – par Jean), en s’efforçant de faire émerger les contraintes de saillance informationnelle associées aux arguments conservés dans la nominalisation. On étudie enfin la combinatoire entre l’élément nominalisé et son premier complément régi (la traversée du désert > du siècle) en cherchant à caractériser les mécanismes qui permettent ou bloquent les extensions de sens de l’espace vers d’autres domaines.

La réunion et le croisement des points de vue syntagmatique et paradigmatique évoqués ci-dessus constituent une étape nécessaire pour mieux comprendre la complémentarité des noms et des verbes, et – objectif ambitieux et à long terme – pour jeter les bases d’hypothèses possibles sur les critères de sélection entre noms et verbes dans le discours par les locuteurs.