Marqueurs de la structuration du discours

L’enjeu de cette opération est de cerner les rôles des différentes configurations lexicales et syntaxiques susceptibles d’assurer la structuration du discours au fur et à mesure de son déroulement.

Le choix de ces configurations est lié au genre et à la dimension pragmatique du texte, dans la mesure où différents genres de texte donnent lieu à des types de structuration particulière. Dans un texte d’opinion, par exemple l’éditorial d’une revue ou d’un journal, l’emploi des questions (directes et indirectes) peut souvent jouer un rôle structurant très important. Ainsi une question placée au début du paragraphe permet d’agencer un paragraphe, ou, a fortiori, une question placée au tout début de l’éditorial permet de structurer l’ensemble du texte. De façon similaire, un marqueur discursif qui est très productif dans une position donnée au sein d’un genre spécifique ne le sera pas forcément dans un autre genre. L’étude de cette question combine ainsi syntaxe, lexique et pragmatique et suppose l’utilisation de divers corpus écrits ou oraux (articles scientifiques, éditoriaux, résumés de thèses, notices, dialogues spontanés, dialogues finalisés).

Une attention particulière sera accordée aux marqueurs de thèmes / topiques de discours comme d’ailleurs/par ailleurs/à propos/au fait… qui signalent des passages plus ou moins digressifs et ont pour fonction de maintenir, malgré la présence de ceux-ci, la continuité du propos. Ce sont notamment les marqueurs de début ou de fin de digression qui seront examinés et leurs analyses seront replacées dans le cadre général des marqueurs de structuration (qui incluent les connecteurs, les anaphores et les cadratifs), en relation avec la question de la récursivité dans la construction du discours. Seront également abordés les marqueurs de thèmes / topiques de discours, et ce dans la perspective de la grammaticalisation, champ d’étude dans lequel beaucoup de phénomènes restent encore à mettre au jour ou à préciser. L’origine adverbiale de ces marqueurs conduit en effet à s’interroger sur les causes de leur évolution vers des fonctions de marqueurs de thème / topique de discours. Il conviendra aussi d’analyser et comprendre comment les marqueurs émergeants peuvent s’insérer dans le microsystème des marqueurs proches déjà existants, et plus généralement d’identifier les besoins communicationnels auxquels ils répondent.

Nous considérerons aussi le rôle des marqueurs dans le dialogue. Certains marqueurs favorisent la navigation dans les échanges et permettent de construire le « terrain commun » (common ground). Des unités comme euh, ouais, yeah ou uh-huh, contribuent ainsi à créer des transitions « horizontales » alors que d’autres unités privilégient plutôt des transitions « verticales », comme voilà, bon, okay, all right. L’emploi de ces marqueurs sera mis en relation avec les différentes phases d’énonciation (début, continuation / maintien, fin). De manière systématique et sur des données extensives provenant de différentes langues (anglais, français, italien, allemand…), nous examinerons une série de marqueurs, par exemple : okay, yeah, du coup, après, claro, vale, genau.

La méthodologie s’appuiera sur les comparaisons inter-genres aussi bien que sur les comparaisons inter-langues. Au sein d’une situation de communication précise, est-ce que l’anglais et le français, par exemple, font appel aux mêmes types de stratégies informationnelles et aux mêmes marqueurs ? Est-ce que les mêmes structures syntaxiques sont privilégiées et est-ce que les types de configurations informationnelles qui en résultent (organisation thèmes- rhèmes / progression thématique / intégration d’information) sont similaires ?

A travers les analyses des différentes configurations proposées, de leurs positions dans l’énoncé, de leurs rôles (connecteur, cadratif, anaphorique, inchoatif, continuatif, digressif), et de leur participation à la construction du terrain commun, notre objectif est de mieux comprendre comment le discours se structure dans son déroulement même.